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Mardi 27 juin 2017

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Maires de Marquette 1790 - 2006

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Les Grands Moulins Despretz qui étaient un site remarquable d architecture et d Histoire , au coeur même de Marquette ne devaient , hélas , pas voir le 3° millénaire.
Un permis de démolir fut délivré en Décembre 1981. Bien que le C.A.U.E. invite , dans une plaquette informative , en Août 1982 " Architecture insolite de la Métropole" , à les découvrir ; le Ministère des Affaires Culturelles se trouve impuissant pour relever le défi . Il faut bien dire qu en ce temps , personne à Marquette , n est intéressé au patrimoine de l époque , fusse t il industriel , et personne non plus de s'en inquiéter.
Ainsi le P.O.S. a prévu là un site industriel et la construction de logements. Un promoteur immobilier : Logis Métropole , a acquit l ensemble et est bien décidé de mener son projet à terme , le plus vite possible , " Le temps c est de l argent" .
Que reste t il de "patrimoine Historique " à Marquette en 1980 ? Les Grands Moulins de Paris ? Le bâtiment de la S.A.M.E. ? , la "Colonie Ghesquière" ? , les fermes de "La Rive" dite Dillies ou du Becquerel dite "Goéman" ? Les Moulins Despretz ?
Et pourtant les Moulins Despretz sont les plus anciens moulins industriels du Nord ; tant de générations d ouvriers meuniers s y sont succédées dans la peine et dans le sang . Et ce drame du 20 Août 1907 qui a vu , lors de la construction d un mur , celui ci s écrouler quelques minutes à peine avant l heure du départ de l usine , ensevelissant sous leurs décombres 13 victimes . Comme le relate " La Croix du Nord" dans son édition du 20 Août 1908 :
" Il y a un an , à pareille date , un épouvantable malheur venait s abattre sur la petite ville de Marquette et plonger dans le deuil un grand nombre de ses enfants ......Et pendant qu au dehors la foule accourt , attirée par le fra cas de ces poutres amoncelées , les femmes et les enfants se pressent en pleurant , réclamant à cor et à cris qu on leur rende leur époux , leur père ! Des dévoués sauveteurs se prodiguent pour secourir les blessés et dégager les pauvres ensevelis
Le nom de Marquette s en fut , ce jour là ,aux quatre coins de la France pour se faire tristement célèbre. Combien durent être précieux aux familles des victimes les témoignages de douloureuse sympathie qui leurs furent donnés en ces jours d affliction "...

En Octobre 1983 , la Direction Régionale de Lille du Ministère de la Culture obtient une procédure exceptionnelle : l instance de classement parmi les monuments historiques.
Résultat : suspension pour un an du permis de démolition accordé ... en Décembre 1981 !
Il faudra que les spécialistes de la Conservation Régionale des Monuments Historiques ( dirigée par M. Pierre Boissé) , déterminent en quelques mois les possibilités de sauvetage.
Deux conclusions s opposent : l une juge les bâtiments pourris , l autre , absolument sains .
Il faut surtout juger les fondations sur l eau .
Le terrain qui serait libéré par la destruction des bâtiments n est pas véritablement intégré dans le programme de construction du promoteur. Celui ci n est donc pas hostile à la sauvegarde et promet un délai.
Mais quel usage ferait on, de ces bâtiments sauvegardés ? La Commission Supérieure des Bâtiments Historiques décide , en Octobre 1983 , d inscrire les bâtiments à l inventaire supplémentaire des Monuments Historiques malgré toute la difficulté que représente un tel sauvetage . Un crédit d étude de 150 000 F. ( de 1983) est décidé par le Ministère .
Malheureusement l absence de soutien local , voire l hostilité des élus , gènent la mise en place des mesures de protection. Paradoxalement le promoteur se montre extrèmement compréhensif .
Il reste , bien entendu , à définir l état réel du bâtiment . L entreprise Meurisse , spécialisée dans les sondages , dira quel est l état des fondations et un cabinet d architectes , l Etude Glorieux Level , devra se prononcer sur la réutilisation éventuelle.
Le 9 Novembre 1983 , une première réunion a lieu sur le chantier en présence de M. Merlier responsable à la D.R.A.C. des chantiers , Melle Lefebvre , spécialisée dans la protection du patrimoine industriel et M. Etienne Poncelet , Architecte en chef des Monuments Historiques .
M. Locage , inspecteur des sites à la délégation régionale de l environnement et à l architecture , et M. Lefort , paysagiste .
M. Saupé , directeur technique à Logis Métropole , à qui appartient le terrain et le bâtiment , ainsi que M.Meurisse , Directeur de l entreprise de sondage de Carvin , et M. Lehu , représentant l entreprise " Sols Etudes et Fondations" ont procédé à un premier examen attentif du bâtiment.
Conclusion : l édifice s est révélé en excellent état compte tenu de sa structure particulière. Il ya cependant trois problèmes de charpente. M. Etienne Poncelet , architecte en chef des Monuments Historiques , put conclure à l état extrèmement sain des bâtiments .
Il est donc préconisé une tranche de travaux d urgence de mise hors d eau , une estimation fait état de 400 000 F.
Ceci pour un sauvetage et non une réutilisation ... Mais voilà : qui paiera pour ce que l on fera du moulin ? Le promoteur se montre compréhensif mais ne mettra pas un centime dans l opération . La Loi lui interdirait d ailleurs . Alors quel (s) partenaire (s) ?
Les travaux se révèlent être urgents , le bâtiment est , exceptés les murs , entièrement en bois et la toiture fuit en plusieurs endroits . Il faut donc réduire et stopper la pourriture. Il faut faire vite ...!
Une solution : revendre par le promoteur au franc symbolique à une association qui en prendrait la responsabilité civile , en assurerait la clôture et la couverture et l assurerait .
Plusieurs personnes sont décidées à tout faire et même à payer de leurs deniers et de leur temps pour assurer la sauvegarde ...
Les Moulins Despretz sont le troisième bâtiment industriel à être protégés après l usine Motte Bossut de Roubaix et les fours à faïence de Saint Amand .
Malheureusement les acquereurs ne se bousculent pas .
En Janvier 1984 un premier avis doit tomber . Mais ce ne sera qu un avis technique qui déterminera la suite des enquêtes .
M. Novick , responsable de Logis Métropole , indique :" Nous aurions pu démolir en 1981 , fort du permis qui avait été accordé "
M. Pierre Boissé , Conservateur Régional des Monuments Historiques dira que le Moulin Despretz constitue un témoignage historique sur notre passé industriel ; " presque unique" estime M. Bruggeman , Président de L A.R.A.M..
Il manque cependant à l intérieur tout le mécanisme de minoterie irrémédiablement détruit ...
Au 1ier Avril 1984 , et dans les 6 mois suivants , la Commission Nationale devra se prononcer au vu du rapport des architectes .
La Mairie de Marquette redoute avant tout un "classement" qui bloquerait à jamais toute démolition mais laisserait le bâtiment à l état de dégradation où il est , sans moyens de sauvegarde.
Le promoteur indique , lui , que la construction de logements aura lieu de toutes façons . Les plans tiendront compte des nécessités imposées et ce programme sera réduit s il devient impossible de toucher au moulin.
M. Boissé reconnait , lui , qu il est impossible re recourir à un classement sans qu apparaisse une solution de sauvetage : " ce n est pas une cathédrale que l on peut conserver en soi , c est un ensemble qu il faut restaurer et réutiliser ".
L Etat est prêt à prendre sa part : 50% de la restauration , 40% du réaménagement pour subventionner le repreneur .
M. Marescaux , Maire, dira pour sa part : " Un centre culturel , comme certains le proposent est hors de proportion avec les besoins et les moyens d une commune de 10 000 hab. "
L unanimité au sein du Conseil Municipal est totale : "pas un sou !"
Transformer la bâtiment en centre artisanal ? Où trouver les artisans intéressés ?
La Région est donc seule à posséder les moyens d oeuvrer à l avenir du moulin . Pour y faire quoi ? Un musée de la Batellerie ? Un musée du travail ? Mais M. Boissé de conti nuer :" les moulin Despretz souffre de l absence de mobili sation populaire

Déjà , à Paris les moulins Despretz ont un cousin qui a vécu une aventure similaire . A St Maurice , dans le Val de Marne , une minoterie industrielle remontant , selon certains à l an 1 000 , a subit des transformations dues à un moulin à eau .
D ailleurs à Marquette un site de meunerie a toujours existé , en tous cas dès 1240 , l abbaye de Marquette possédait un moulin à "eauwes" à l endroit même du moulin actuel. Dans l édifice actuel de celui ci un mur en grès fort bien appareillé , qui remonte sans nul doute , au XVIII° siècle , et doit être le témoin de l ancienne salle des machines du moulin à eau antérieur , fut découvert . Les textes nous apprennent que la meunerie a été réédifiée déjà en 1821 sur un site plus ancien .
Ce moulin de Paris tourna jusqu en 1960; mais en 1972 , le meunier M. François était exproprié , sa famille était donc dans les lieux depuis 130 ans . En 1972 , la production était de 140 quintaux de farine par an . En 1974 on commence la démolition . La Fédération Nationale des Amis des Moulins entama alors une longue procédure qui sauvegarda le moulin du passage d un nouvel autoroute ...
Le 21 Avril 1982 , la Fédération l acheta aux Domaines et obtenait l inscription à l inventaire des Monuments Historiques . Il y avait malheureusement beaucoup de dégats. Les Compagnons du Tour de France et les élèves d un L.E.P. ainsi que quelques bonnes volontés ont permis de revaloriser ce bâtiment . Déjà est prévu sur le site un musée de la Meunerie ...
Evidemment le moulin Despretz subit ensuite beaucoup de dégradations dues en partie aux vandales . Ni le promoteur ni la commune ne s émeut ...: il est déjà établi que le moulin serait démoli...
Et pourtant ce moulin ne génait personne  : le promoteur ne bâtira pas sur ce terrain car les fondations devraient être spécialisées et donc coûteuses en rapport de logements "sociaux"
Sa revalorisation embellirait le cadre de vie de ce quartier futur .
Quels sont les projets en ce début de 1984 ? Une association pourrait mettre en place une base de loisirs sur le plan d eau ou un musée de la construction Navale . Des activités artisanales verraient le jour au rez de chaussée du bâtiment . Les salles restées inoccupées pourraient concentrer l ensemble des associations marquettoises intéressées . Quelques aménagements de sécurité devraien être entrepris évidemment pour l accueil du public . Mais l état du bâtiment doit être contrôlé en cette fin Janvier 1984 par deux ingénieurs du Ministère de la Culture spécialisés en charpente et planchers ; Mrs. Doulcey et Maire venus spécialement de Paris.
M. Pierre Boissé et M. Merlier chargé des chantiers à la Direction des Affaires Culturelles , et Melle Lefebvre , chargée à la D.R.A.C. du Patrimoine Industriel les ont visité en compagnie de ces deux ingénieurs et leur pronostic est beaucoup plus réservé . La neige a mis en évidence les nombreux trous de la toiture . Le pourrissement est grave en certains endroits ; la préservation du site s avère délicate mais la conclusion est que les maçonneries ne présentent aucune lézarde ou fissure et sont parfaitement salubres , les fondations n ont aucunement bougé .
Bâti sur l eau et traversé par un canal qui amène l eau vers la chambre de la roue le moulin est très solide malgré la mouvance d un tel terrain les bâtisseurs l ont fait à l abri de tout problème.
L étude du terrain et des fondations réalisée par l entreprise Meurisse a amené à faire un sondage à chaque angle de l édifice . Or , le Lundi 15 mai 1984 , Logis Métropole , indique qu ils commencent à s irriter de la situation qui perdure. Une réunion à lieu ce jour à 10 h. en mairie de Marquette . On est loin de l esprit de conciliation de M. Dehondt , ancien Directeur de Logis Métropole et , le 16 mai 1984 les démolitisseurs commencent à s attaquer au moulin !
Le promoteur a profité d un vide administratif entre deux mesures de protection ; l instance d un classement caduque depuis le 12 Avril et la notification de l inscription à l inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
Evidemment cette intervention reste légale , mais sinistrement Marquette montre à nouveau son indifférence à son patrimoine .
Dans " La Voix du Nord " du 16 Mai 1984 M. Jean Yves Méreau écrivait :
" sous le titre " il n y aura plus d après pour les Moulins Despretz"
- Comme nous le relatons en page régionale et comme nous le laissions présager dans notre édition de Dimanche , la volonté destructrice a prévalu sur la raison et , lundi matin , les démolisseurs ont commencé à s attaquer aux Moulins Despretz. En l occurence le promoteur a profité d un vide administratif entre deux mesures de protection , l instance de classement caduque du 12 Avril , et la notification à l inventaire supplémentaire des Monuments Historiques .
Cette attitude , pour parfaitement légale qu elle soit , est moralement absolument révoltante.
On aurait pu penser qu après l année du Patrimoine , après les nombreuses campagnes menées dans la région pour la sauvegarde du Patrimoine Industriel, après les crédits engagés par l Etat pour étudier ce bâtiment , une autre solution aurait pu être trouvée .
Las! La mauvaise volonté a été la plus forte . Il faudra bien élucider un jour pour quelle raison, on a tant insisté pour démolir ce bâtiment quand l on sait qu elle est inutile dans l immédiat . Marquette , aujourd hui , entre sinistrement dans l histoire de la métropole , en se rangeant dans le camp des destructeurs alors qu elle avait là une belle carte à jouer pour sa restructuration . En effet , on constate qu un monument bien géré , bien réutilisé est une source de profits pour une commune qui sait en tirer parti . Il peut même être source d emplois suivant les activités qu il abrite , et par les travaux qu il nécessite . Confiés à des entreprises locales , cela aurait pu être un ballon d oxygène en ces temps difficiles . Hélas , encore une fois , on a choisi la banalité.
Cependant tout n est peut être pas joué car l imbroglio juri dique est tel qu un rebondissement peut être attendu d une heure à l autre. Ces jours prochains peuvent réserver des surprises

En Janvier 1985 , le Ministre de la Culture ayant déjà levé l inscription à l inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et toute une série de documents ayant été établis suite à cette affaire , une exposition y est consacrée à la Direction des Affaires Culturelles , 1 rue du Lombard à Lille où l exposition " L Architecture et l Eau" fait la première escale de son tour de France . Elle était visible jusqu au 27 Février 1985 ...
Suite à la démolition du Moulin Despretz il a été révélé de nombreuses traces du premier moulin édifié au XIII° siècle .Murs en grès , piles chanfreinées apparaissent de ci , de là . Des milliers de briques anciennes de petit modèle prouvent l importance des restes . Rien malheureusement , non plus , d archéologique n a été prévu .Un jardin archéologique aurait très bien pu trouver sa place sur le site ....
Une équipe d Antenne 2 a tourné un reportage en 1985 sur le moulin; il est projeté en novembre de la même année. Nadine Descendre , réalisatrice , a eu connaissance du moulin dans le livre de Maurice Culot : " Les Châteaux de l Industrie" . Bien entendu , les deux heures de reportage ne sont pas consacrées exclusivement au moulin mais à l ensemble de l'industrie du Nord ...[/align]

Dernière modification le : 30/10/2006 @ 18:41
Catégorie : Aucune

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