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Mardi 22 août 2017

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La cartonnerie avant CLABAUT

Cette fabrication de carton commence à Marquette en 1890.
En 1897 celle-ci est reprise par M.CLABAUT...
A cette date l'entreprise est dirigée par M. VAN RENINGHE, belge d'origine, pour lequel les méthodes de travail étaient peu orthodoxes.Pour preuve le (long) courrier échangé entre le curé de la paroisse M. DELPLANQUE et M. le Vicaire Général du Diocèse de Lille. Réf.A.D.D. 4F229
Bien entendu le fond du problème évoqué par M.le curé est basé sur le fait que, par principe religieux, le Dimanche doit être consacré à Dieu et qu'il n'y a aucune raison de ne pas se soumettre à cette "règle". Mais ce chapitre reflète assez fidèlement les principes de certains chefs d'entreprises qui imposaient leur lois à leurs salariés, sans aucune considéra
tion pour ceux-ci...

A L'USINE DE PAPIER-CARTON DE M. VAN RENINGHE
PROBLEME DU TRAVAIL LE DIMANCHE EN 1895

Documents :3 lettres adressées à M. le Vicaire Général du Diocède de Lille par M. DELPLANQUE , curé de Marquette , en dates des 12;13 et 25 novembre 1895.

1°) Lettre du 12 novembre 1895:

"Monseigneur"
J'appris, la semaine dernière,par la rumeur publique, que M. VAN RENINGHE, industriel, fabricant de cartons à Marquette, avait annoncé à ses ouvriers que, désormais,il ferait tra vailler le dimanche.J'allais aussitôt trouver ce Monsieur pour savoir ce qu'il en était. Il me répondit qu'un Père Dominicain de Lille, auquel il avait exposé son cas , l' avait autorisé à travailler et qu'il lui avait donné cette autorisation après avoir pris le conseil de ses supérieurs.
Après une explication assez longue, ij fut convenu avec M.VAN RENINGHE qu'il sursoierait à l'éxécution de son des sein, jusqu'à ce que nous eussions pris, chacun de notre côté,l'avis de votre Grandeur.
M.VAN RENINGHE a dû , je pense, vous écrire à ce sujet, je le sais aujourd'hui.Que votre Grandeur veuille bien me per mettre de lui exposer, par paragraphes, l'état de la ques tion.
1 - La personne qui se propose de faire travailler M. VAN RENINGHE est un homme droit et consciencieux , il ne fera pas travailler si Votre Grandeur lui dit qu'il ne peut pas le faire . Si le Père Dominicain lui avait détourné de travailler au lieu de lui en donner l'autorisation , c'eût été une affaire conclue.
M. VAN RENINGHE est plus qu'un honnête homme , il est chré tien , il assiste régulièrement à la messe tous les diman ches , au moins à Lille chez les Dominicains, il vient com munier à sa paroisse cinq ou six fois par an ; il ne tolère aucun désordre ; il est sévère même dans son usine.
M. VAN RENINGHE, Belge de naissance , a un frère qui est pri eur dans un couvent Dominicain en Belgique, a un beau frère qui est chanoine en la cathédrale de Bruges , son père , bourgmestre de Poperinghe , était à la tête du Parti Catho lique .
Le plus grand nombre des ouvriers de M. VAN RENINGHE sont Belges , naturalisés Français ou résidant à Marquette depuis assez longtemps ; M. VAN RENINGHE n'a que deux enfants.
Ce sont des détails que Votre Grandeur peur avoir intérêt à connaître.
2 - L'Industrie pour laquelle il est question de travailler : M. VAN RENINGHE fabrique le carton avec de la paile.
Quand l'usine chôme la matière première ne se gâte pas , pourvu que le chômage ne dure pas trop longtemps. Il n'y a donc pas de perte, il y a seulement un << lucrum cessans >> quand l'usine s'arrête le Dimanche.
L'industrie de M. VAN RENINGHE est fort prospère , trop prospère peut être?
En respectant le Dimanche il a considérablement augmenté sa fortune en industrie.
Il vient encore dernièrement de renouveler son outillage pour arriver à fabriquer un million de Kg de plus chaque année , et cela sans preque augmenter les frais de main -d'oeuvre.
Il parait que cette surproduction ne lui suffit pas encore , et il calculait , devant moi , il y a quelques jours , que le travail du Dimanche lui permettrait de produire 240 000 Kg de plus par an .
L'usine travaille jour et nuit.
3 - Les conditions dans lesquelles il est question de tra vailler ( jusqu'aujourd'hui M. VAN RENINGHE faisait travail ler ses ouvriers jusqu'au Samedi à minuit , il faisait re prendre le travail le Lundi à 6H. du matin, ou le Dimanche après-midi à 18H00.
<< Je laisserai aux ouvriers, dit-il , le temps d'aller à la messe>> , mais la nuit et la soirée , ce n'est pas Dimanche§
J'ai refuté cette erreur vous le comprenez aisément , mon Seigneur !
Dans le cas où l'on ne l'autoriserait pas à prendre sur la nuit du Samedi au Dimanche , M. VAN RENINGHE voudrait être autorisé à reprendre le travail le Dimanche à 18H.




4 - Inconvénients de ce travail:
1°) Ce serait un scandale! A Marquette on ne travaille nulle part le dimanche,excepté dans des conditions prévues à l'usi ne de Mrs.BONDUELLE & LESAFFRE.Si M.VAN RENINGHE travaille, les autres industriels pretexteront bientôt qu'ils ont des raisons autrement sérieuses que les siennes de travailler.
2°) Il est d'expérience que lorsqu'un ouvrier quitte le travail un dimanche à 18h. et plus encore à 17h.il se passe de messe.Il est à l'usine depuis 18h. parfois depuis 24h., il a hâte d'aller se reposer tout de suite dès qu'il est libre, et il se passe de messe. S'il pousse l'héroïsme jusqu'à attendre qi'il ait entendu la messe de 6h. il vient à l'église en sortant de l'usine, en costume de travail, et à l'église saura-t-il résister au sommeil?
Joint à cela que pour retourner chez eux , des ouvriers ont 20, 30 minutes de chemin à faire, quelque fois, en sens inverse de la direction de l'église; autant vaut dire qu'ils n'assisteront presque jamais à la messe et dès lors que restera-t-il de la Foi?
3°) M.VAN RENINGHE prétend qu'il a consulté ses ouvriers pour savoir s'ils étaient contents de travailler et que tous lui ont paru fort satisfaits. C'est une illusion de sa part. Le fait est que ses ouvriers n'ont pas osé (et avec raisons) le contredire, mais je sais moi, pertinemment,pour les avoir entendus se plaindre, qu'un bon nombre sont fort mécontents et que,presque tous préfèreraient se reposer le dimanche.
Je n'ai pas manqué d'exprimer à M.VAN RENINGHE mon étonne ment de ce qu'il proposait à ses ouvriers un pareil marché.
4°) Les raisons ou les prétextes apportés par M. VAN RENIN GHE pour s'autoriser à travailler:
Je ne sais pas sur quoi s'est appuyé le Père Dominicain pour autoriser M.VAN RENINGHE à travailler, je ne connais que les raisons qu'a apportées devant moi M.VAN RENINGHE lui-même.
Il dit :
1°/ailleurs, dans les autres cartonneries, on tra vaille, pourquoi ne le ferai-je pas ?Je lui ai répondu que le scanda le donné par les autres n'ecxuserait pas le sien.
2°/Souvent dit-il on est forcé de s'arrêter et quand le "continu" s'arrête il faut que tout le monde s'arrête-mais il en est ainsi dans toutes les papeteries-Tout le monde dé pend du "continu" il a vécu dans ces conditions depuis long temps et les arrêts du "continu",et les arrêts de ceux qui dépendent du "continu" ne l'ont pas empêché d'augmenter con sidérablement sa fortune.
Il doit, dit-il payer quand même les hommes que le "continu" arrête,condamne au repos. Mais il n'est pas assez simple pour les laisser a rien faire: quand le "continu" s'arrête , il les emploie à autre chose, à balayer ses cours ou a tra vailler à son jardin.
3°/En travaillant le dimanche, je produirai 240 000Kg.de plus par an et je pourrai satisfaire mes clients. Dans ces conditions, lui ai-je répondu,vous ne devriez jamais vous arrêter. Trouvez moyen de satisfaire vos clients pendant la semaine, le dimanche est à Dieu.Ce que vous gagnerez en plus ce jour là, ne sera pas béni.
5°/A cause des modifications que j'ai du faire dans mon outillage, je suis en retard...mes clients me harcèlent pour avoir de la marchandise que je ne puis leur livrer.
Ce serait peut-être , lui ai-je répondu,une raison pour travailler un ou deux dimanches (car vous ne devez pas vous compromettre devant vos clients), mais il ne m'apparaît pas qu'il y ai là une raison d'établir en règle le travail du dimanche.Vous êtes en retard vis-à-vis de vos clients à cause du renouvellement de votre outillage, mais avant de procéder à ce renouvellement,qui a duré de 15j. à 3 semaines vous avez du vous mettre à l'avance.C'est vrai , a-t-il répondu, mais mon avance est épuisée; vous ne tarderez pas à la rétablir,ai-je repris, vous allez produire désormais 1 millions de kg. de plus par an. Dans quelques semaines, grâce à cette surproduction vous aurez satisfait à toutes les demandes, mais si vous prétendez y satisfaire par un moyen que Dieu réprouve, êtes vous sûr que cette surproduc tion ou même votre production d'autre fois vous serons enco re nécessaires?Que vous trouverez encore à les placer?
6°/Il dit encore " Quand je congédie mes ouvriers le samedi à minuit ils sont exposés à se voir dépouillés de leur salaire, le cas s'est présenté une fois...;et quelques uns, surtout par le mauvais temps, préfèrent passer la nuit dans l'usine"
Comme si des hommes ne savaient pas se défendre! Le mal d'ailleurs, serait peu grave si les ouvriers achevaient, quelques fois, leur nuit à l'usine: ce sont tous des hommes.
Je lui conseillerai de payer ses ouvriers un autre jour que le samedi, il ne veut pas l'entendre.
7°/Quand mes ouvriers entrent le dimanche soir à minuit, ils sont quelques fois ivres. Ce ne doit pas être fréquent à mon avis car ses ouvriers sont pour la plupart des hommes rangés
S'ils sont ivres on ne se fait pas faute de les congédier, ils n'auront garde de s'y faire prendre deux fois.
Et puis, ai-je dis, à M. VAN RENINGHE,avec la théologie en mains, est-il donc permis de faire un mal pour certains pour en empêcher un autre qui est pour le moins fort incertain et qui, en tous cas,ne serait jamais le fait de quelqu'un.?

Au fond, mon Seigneur, je pense que les raisons apportées par M. VAN RENINGHE ne sont que des prétextes pour excuser une révolution contre laquelle la conscience proteste inté rieurement. Ila été fort heureux de trouver un Père Domini cain qui entrât dans sa vue ou qui laissât faire, ne connais sant pas , comme le curé de la paroisse, toutes les circons tances, et aujourd'hui il se retranche derrière l'autorisa tion qui lui a été donnée...
Tant pis pour lui, me dit-il,s'il m'a induit en erreur, c'est son affaire! je lui ai répondu que d'abord, si le dominicain avait faussement interprété la loi de l'Eglise, son interprétation, reconnue fausse était non avenue? Que s'il avait voulu accorder une dispense, il n'en avait pas le pouvoir,que c'était un droit réservé au Souverain Pontif et aux Evêques.
C'est sur cette observation qu'il a été convenu, Monseigneur que nous en référerions chacun de notre côté à Votre Gran deur, et que nous lui exposerions séparément la question telle que nous la comprenons; M. VAN RENINGHE comme indus .
triel et moi-même comme prêtre et curé de la paroisse.
Nous attendons avec confiance et docilité la décision de Votre Grandeur. Je suis intimement convaincu que M. VAN RENINGHE a trop de Foi pour vouloir ou pour oser y contre venir.
Veillez agréer...

II Lettre du 13 novembre 1895 :


Monsieur le Vicaire Général,

Nos lettres se sont croisées, j'ai reçu ce matin la note de M.MASSART. Je pensais que M.VAN RENINGHE aurait exposé la question par écrit, ainsi qu'il avait été convenu entre nous Il aura préféré s'expliquer de vive voix, ainsi que le cons tate votre lettre.
J'ai répondu d'avance, dans ma lettre d'hier aux notes rédi gées par M.MASSART; je n'y ajoute que quelques notes.
1°) Arrêts fréquents pour cause de réparation et de change ments d'opérations- en moyenne 4h. par journée de 24h.-
Ne semblerait il pas que M. VAN RENINGHE ait le droit de fai re marcher son "continu" 24h.par jour et 6 j. par semaines; total: 24x6= 144h. par semaine et qu'à moins d'avoir pu faire marcher son "continu" 144h.il ait le droit de prendre sur le dimanche les heures pendant lesquelles le "continu" n'a pas marché?
Dans toutes les usines il y a des réparations, il n'y en n'a pas plus chez M.VAN RENINGHE qu'ailleurs. En dehors de certains cas exceptionnels ou il y aurait eu des réparations extraordinaires à faire, a-t-on jamais vu un chef d'usine de
mander à travailler un dimanche? Travailler le dimanche pour compenser le temps perdu par des réparations ordinaires? Au
tant voudrait dire qu'il est permis de travailler partout un dimanche!
M.VAN RENINGHE parle du temps perdu pour le changement d'opé ration. Il n'y a de changements d'opération que lorsque l'on cesse de faire une sorte de carton pour en faire une autre, cela n'arrive pas toutes les heures car M.VAN RENINGHE n'est pas homme à accepter des petites commandes ni à changer d'opération pour le plaisir d'en changer.
M.VAN RENINGHE parle de 4h.de temps perdu par journée de 24h.A mon avis c'est une exagération, en homme qui veut obtenir gain de cause, il exagère le mal et prend ce qui n'est qu'accidentel pour ordinaire.
Mais supposer même qu'il y ait 4h.d'arrêt par journée de 24h.il reste encore 20h. de travail, de jour et de nuit. C'est, à une heure près,le maximum autorisé par la Loi civile; encore , la Loi exige-t-elle dans les onze heures de travail qu'il y ait du repos équivalent à une heure ou une heure et demie.
M.VAN RENINGHE pourrait très bien, ce me semble,faire repo ser ses ouvriers pendant qu'on change d'opération; et son "continu"? Ne le fait-il pas? Et dès lors pourquoi apporte - t-il ce prétexte?
Au moment où j'achève cette phrase, le reçois la visite de M.VAN RENINGHE. Il vient me dire qu'il a été lui-même , mardi, à Cambrai et, qu'au défaut de Monseigneur,il a vu M.MASSART. Il me remet une note écrite de sa main pour prou ver que ce qu'il a dit de vive voix à M.MASSART est en - dessous de la vérité.J'ai dit à M.le secrétaire que le travail était interrompu pendant 2 mois de l'année, c'est 4 mois que j'aurais du dire ; je me récrie et il y avait lieu!
Voici la note de M. VAN RENINGHE, je la copie d'abord telle quelle :
Arrêt habituel du dimanche :39 j.
nettoyage des chaudières -2x7j.- 14j.
brossage des chaudières  :4j.
temps perdu par les 4h. d'arrêt par jour :51j.
Au total = 108j.
Soit 3 mois et 18j.sans compter les arrêts imprévus(s.i.c.)
Il faut vraiment que M. VAN RENINGHE croie que nous ne savons pas compter pour oser présenter un tel calcul; ou bien il faut, comme je le disais plus haut,qu'il se croit le droit de travailler 365j.de 24h. par an!
Il compte, en effet,pour arrêts du dimanche 39j., soit 52 dimanches avec 18h. d'arrêt, comme s'il avait le droit de faire travailler à partir de 18h. et comme si le dimanche devait entrer en ligne de compte dans les arrêts nécessaires
Au lieu de 39j., il devrait compter 56j., soit 52 dimanches et 4j.de fête. Mais c'est le droit de Dieu cela!Nous voilà déjà bien loin des 108j., puisqu'ils sont déjà réduits de moitié.
M.VAN RENINGHE compte 14j.,soit 2 fois 7.j. pour le nettoya ge de sa chaudière. Je lui ai objecté que dans les autres usines on nettoie (on décristalise)les chaudières une fois par an et cette opération se fait en 2 j., 3j. au plus et on profite d'une fête ou d'une ducasse pour l'effectuer.
"C'est vrai" m'a-t-il répondu, mais moi, à cause de la mau vaise qualité de mes eaux (il a les eaux de la Deûle, comme tout le monde)je suis obligé de faire néttoyer ma chaudière deux fois par an et chaque opération dure une semaine.J'en doute! 7j. pour décristalliser une chaudière! Et dans tous les cas,,puisque l'opération se fait à Pâques et à la Toussaint de ce nombre de 14j. il faudrait encore défalquer au moins 4j., le jour de Pâques et le lendemain, la Tous saint et le dimanche suivant.
J'estime être proche de la vérité en comptant 8j. pour la double opération. C'est même trop!M.VAN RENINGHE compte 4j. pour le brossage de ses chaudières, 4j. en plusieurs fois. S'il arrête le travail le dimanche, il peut effectuer ce travail le dimanche.
M. VAN RENINGHE compte 51j. d'arrêt, soit 4h. par journée de 24h.pour réparation et changement d'opération. J'ai dis plus haut combien ilfallait en rabattre; mais je fais encore remarquer ici l'exagération du calcul.
M. VAN RENINGHE compte 51 j.ces 51 j. représentent : 4h. x 308j. de travail de 24h.; par conséquent quand M. VAN RENINGHE inscrit j. de travail en moins pendant l'année, il se trompe juste de la moitié.Il devrait inscrire 25j.1/2 car, grâce à son malheureux travail de nuit, il fait double année chque année, et en réalité, il ne perdrait (dit-il vrai)que 25j.1/2 de travail de jour pour changement d'opéra tion. Il serait même possible encore de réduire ce chiffre car, si aux 56 dimanches et fêtes on ajoute les 14 et 4 j. allégués pour le nettoyage des chaudières et,de plus, 2j. pour les lundis de Pâques et Pentecôte, 1 j.pour la fête communale, 2j. par ans pour les réparations extraordinaires dont M.VAN RENINGHE fait mention, on arrive au total de 79j. où l'on ne travaille pas, c'est à dire 286 j. où l'on tra vaille.Par conséquent 286x 4h.d'arrêt soit 46j. de 24h.pour double année ou 23 j. pour année simple où on ne travaille rait que le soir.
Je résumerais le calcul de M. VAN RENINGHE comme il suit:
Arrêts habituels (pas habituels mais obligatoires le dimanche) 0
Nettoyage des chaudières , soit 4j. chaque fois et en défal quant les jours fériés où le travail peut être commencé - c' est trop de brossage des chaudières- peut être fait le dimanche , si le dimanche est respecté.: 8
Temps perdu par les heures d'arrêt chaque jour - y-a-t-il lieu d'en tenir compte après ce que j'en ai dis plus haut?- soyons généreux et mettons :10
Nous voilà bien loin des 3 mois , 18j. allégués par M. VAN RENINGHE. Que l'Auri Sacra Fames est mauvaise conseillère! Et pourquoi s'est il trouvé un Père Dominicain pour l'éxci
ter?
M. VAN RENINGHE, je le répète, me paraît poser en principe qu'il a le droit de faire travailler son "continu" depuis le 1ier. janvier jusqu'au 31 décembre, sans aucune interruption
que tout le temps que le "continu" ne travaille pas c'est du temps perdu, il peut ébrêcher le Saint jour du dimanche.
Le 2° de la note de M.MASSART dit: perte actuellement d'une demi-journée pour l'ouvrier et dépense supplémentaire.
La perte d'une demi-journée préoccupe , à mon avis, fort peu M. VAN RENINGHE,et la dépense supplémentaire pas d'avantage!

Voici comment il compte une demi-journée perdue: l'ouvrier qui travaille de nuit commence à travailler le lundi à 18h. jusqu'au mardi à 6h. du matin, et ainsi de suite 5 nuits; la nuit du samedi il travaille de 6h. à minuit. Total : 5 nuits 1/2. Mais la semaine suivante, le même ouvrier travaille de 6h. du matin à 6h. du soir, il a donc ses 6j. complets.
La perte d'une demi-journée n'a donc lieu qu'une fois tous les 15j.et non pas une fois par semaine. Que M.VAN RENINGHE reprenne son travail à minuit le dimanche, il n'y aura pas de perte du tout.
Quant à la question de dépense supplémentaire, voici ce qui en est :l'ouvrier qui travaille de nuit doit faire un repas de plus que l'ouvrier qui travaille de jour :c'est d'expé rience.La conclusion raisonnable serait donc que le patron doit le payer d'avantage pour lui permettre de manger d'avan tage.
Mais M.VAN RENINGHE conclut: donc il faut le laisser travail ler le dimanche, afin qu'en s'épuisant encore d'avantage il puisse dispenser son patron d'augmenter son salaire. Au fond c'est cela et c'est tout simplement de la cruauté d'alléguer une pareille excuse pour se permettre de s'autoriser à ga gner, gagner toujours plus.
Le 3° de la note de M.MASSART dit : inconvénients du retour à minuit. J'ai déjà répondu à ce troizième.
Il est regrettable que des pères de famille rentrent chez eux le samedi à minuit.Eh bien! Que M. VAN RENINGHE les con
gédie plus tôt, ou qu'ils les garde dans son usine jusqu'au jour. l'ouvrier doit-il être donc une machine qu'on exploite tant qu'il y est possible d'en arracher quelque chose ? Et , parcqu'une industrie est prospère , est ce donc une raison pour qu'un patron ne mette plus de bornes à sa convoitise?
Le 4° : M.DAMBRICOURT finit à 5h.1/2 et recommence à 6h.
A cet exemple j'oppose celui de Mrs.LECOMTE et DALLE à Bousbecque, ils finissent à minuit et recommencent à minuit, ce qui ne les empêche pas de faire d'excellentes affaires, comme M.VAN RENINGHE d'ailleurs qui , avec le même système a gagné une grande fortune. Comme j'opposais à l'exemple de M.LECOMTE l'exemple de M. DAMBRICOURT, M. VAN RENINGHE me dit :Mais ces Mrs. LECOMTE ont un personnel sur lequel ils peuvent compter - c'est précisément pour en avoir un semblable, lui ai-je répondu - que vous ne devez pas priver vos ouvriers de dimanche. Il prétend moraliser ses ouvriers en les faisant travailler le dimanche pour qu'ils n'aillent pas au cabaret.!
Laissez moi vous dire en terminant cette lettre, que je ne pensais pas faire si longue, M. le Vicaire Général, que cette question me préoccupe vivement et que je demande ins tamment à Dieu qu'elle soit résolue au plus grand intérêt de sa gloire.
Si M. VAN RENINGHE travaille le dimanche, d'autres s'autori seront bientôt à le faire: on objecte déjà,trop souvent l' exemple de M. BONDUELLE qui n'est nullement dans les mêmes conditions que M. VAN RENINGHE.
Et une fois le travail du dimanche admis, que restera-t-il bientôt de religion à Marquette? Je prie le St. Esprit de vous éclairer dans la décision que vous allez prendre et je vous présente l'hommage du profond respect avec lequel je suis , M. le Vicaire Général.
Votre très humble et très dévoué serviteur.

3°) lettre du 25 novembre 1895:

M. le Vicaire Général
M. VAN RENINGHE vient de m'envoyer en communication la let tre que vous lui avez écrite, relativement au travail le dimanche dans son usine. Voici ce qu'il m'écrit :
" J' ai l'honneur de vous remettre en communication la lettre ci-jointe de l'Archevêché de Cambrai
Je regrette cette décision à mon égard et qui fait exception aux permissions accordées à mes confrères par leurs curés respectifs(?)
Cette décision ne me paraissant pas irrévocable, je me verrai cependant heureux de pouvoir prolonger le travail de la nuit du samedi jusqu'à 5h.1/2 du matin, dans un but chari table et moral(!) afin que l'ouvrier de nuit puisse avoir sa semaine complète , que les mineurs puissent mieux êtres sereins en retournant chez eux.
L'Archevêché ne prenant aucune détermination (?) sans l'avis préalable du curé de la localité habitée par le requérant, j'ose espérer que vous intercéderez auprès de M. l'Archevê que de Cambrai pour que cette permission me soit accordée
Je vous prie....

A. VAN RENINGHE

Vous supposez bien , M; le Vicaire Général, que je n'ai rien à rétracter des raisons que j'ai fais valoir précédemment; à mon avis elles valent pour le travail du samedi à minuit au dimanche à 5h.1/2, comme pour le travail de jour.
Je ne sais vraiment sur quel principe s'appuie M. VAN RENIN GHE pour s'imaginer que la matinée et la soirée de dimanche ne sont pas le dimanche. M. VAN RENINGHE allègue la raison de moralité et de charité.
La charité induit que l'ouvrier , dit-il, ait la semaine com
plète - je vous ai dis comment , dans la semaine où il tra vaillait de nuit, (c'est à dire une semaine sur deux) l'ou vrier perdait une demi-journée.Le samedi soir l'ouvrier qui travaille de nuit commence à travailler à 18h.et doit finir à minuit à cause du dimanche il n'y a donc que 6h. ou 1/2 journée de travail.
J'ai appris depuis , que le dimanche matin,à 7h. les ouvri ers qui ont interrompu le travail à minuit, sont obligés (et cela presque tous les dimanches) de retourner à l'usine jusqu'à midi pour nettoyer le matériel et le rendre en état de reprendre le travail le lendemain.Je dis : non, par quel ques ouvriers mais par l'équipe toute entière qui a travail lé la nuit précédente.
Voyez, je vous prie , M. le Vicaire Général,si ce n'est pas un abus criant et en même temps, la ruine de la Foi.
M. VAN RENINGHE congédie le samedi à minuit les ouvriers qui ont passé toutes les nuits de la semaine et la nuit du samedi de 18h. à 12h. ,et à 7h. il les force à rentrer à l'usine jusqu'à midi après avoir pris au vol la messe de 6h.
Ainsi rentré chez lui vers minuit1/2,l'ouvrier pourra se reposer jusqu'à 5h. 1/2 , à cette heure il devra se lever pour aller à la messe de 6h.et aussitôt après la messe il devra reprendre le travail.Combien y en aura-t-il qui auront l'héroïsme d'aller à la messe au lieu de rester à leur lit? Pas un sur vingt bien sûr!
Et M. VAN RENINGHE invoque la charité , mais c'est de l'égoïsme pur, pour ne pas dire de la tyrannie!
Charité ,dit-il ! Pour que l'ouvrier ne perde pas une 1/2 journée ,il ne la perd même pas puisque, sans autorisation aucune,M. VAN RENINGHE l'oblige à travailler le dimanche matin et lui rend ainsi,au mépris ou du moins par un oubli de la Loi de Dieu, le 1/2 journée qu'il a perdue.
M. VAN RENINGHE allègue la raison de moralité ! Pour que les mineurs puissent mieux être surveillés en rentournant chez eux.
A mon avis c'est le moindre de ses soucis. Avant les der nières Lois qui ont interdit le travail de nuit aux jeunes gens de moins de 18 ans, M. VAN RENINGHE employait des garçons de 14,15 et 16 ans; il les congédiait la nuit et n'a jamais paru soupçonner qu'il y ait là une grave question de moralité.
Il a même toujours regretté (il la dit devant moi) d'avoir été obligé de congédier les garçons de moins de 18 ans par ceque , m'a-t-il dit,ils travailleraient plus lestement que ceux de 18 et 20 ans et je ne devais les payer que 1,25 ou 1,50F. alors que je dois maintenant donner 3f.aux jeunes gens qui les remplacent!!! La belle moralité!!!
Et maintenant qu'il est forcé par la Loi d'employer des jeunes gens de 18 et 20 ans au lieu de garçons de 15-16 ans, il se préoccupe à ce point des dangers que peut offrir le retour à minuit, que pour leur éviter des dangers il demande à les faire travailler jusqu'à 5h.1/2 du matin! Crédat Judoeus Apelle!
J'ai pris, à ce sujet, des informations auprès d'un des plus anciens ouvriers de l'usine: il doit y avoir, à peu près, 10 jeunes gens dans l'usine. 10 répartis entre les deux équipes c'est à dire 5 en moyenne dans chaque équipe, et pour assu rer le retour de ces 5, toute l'équipe devrait travailler le dimanche jusque 5h.1/2.Mais à 5h.1/2 , surtout en hiver,le retour sera-t-il sûr? Il sera plus dangereux parceque , déjà à cette heure,le dimanche les cabarets sont ouverts et des jeunes gens qui ont passer la nuit ne resisterons pas à la tentation d'y entrer.
Si M. VAN RENINGHE se préoccupe vraiment de la moralité du retour de ses jeunes gens, qu'au lieu de les faire partir à minuit, il les laisse le samedi partir à 8h. ou à 9h.Mais il n'a garde de le faire! Tout doit plier même la Loi de Dieu ! Plutôt que le réglement de sa fabrique.
Jamais je n'ai pu obtenir sur ce point la moindre modifica tion . Je ne crois pas d'ailleurs que ce retour soit si immo ral que M. VAN RENINGHE veut bien le dire.Un jeune homme qui a veillé jusque minuit à hâte d'aller dormir et M. VAN RENINGHE lui-même , m'a dit que les parents , souvent, venaient attendre leurs enfants à la porte de l'usine, vers minuit.

Je me résume:
1°) Je ne crois pas aux raisons apportées par M.VAN RENINGHE pour obtenir l'autorisation de travailler le dimanche jusqu' à 5h.1/2: ce sont de vains prétextes pour extorquer une permission indue
2°) La lettre de M. VAN RENINGHE , citée ci-dessus, prouve qu'il a l'intention de se soumettre à la première décision; il se soumettra de même à le seconde et ne sera pas de sitôt, je l'espère du moins, tenté de recommencer.
3°) Je regarde le travail que M. VAN RENINGHE impose à ses ouvriers le dimanche matin pour nettoyer le matériel,comme aussi illicite que le travail de la fabrication. Partout chez Mrs. VRAU, THIRIEZ et ailleurs,le nettoyage des machi nes se fait le samedi et les dernières Lois ont spécifié que le travail du nettoyage devait être compté dans les 11h. de travail effectif de l'ouvrier.
4°) Il me semble qu'en donnant à M. VAN RENINGHE sa réponse au sujet du travail du dimanche matin, jusqu'à 5h.1/2, M. le Vicaire Général pourrait, sous forme d'incident,insinuer que tout travail, même le nettoyage ordinaire de l'outillage et des machines est interdit la dimanche.
Ce serait le moyen d'attirer l'attention de M. VAN RENINGHE sur ce point. Peut être voudrait-il l'éclaicir, comme il l'a fait pour les autres et peut-être aussi renoncerait-il à un travail dont les ouvriers se plaignent amèrement et qui me paraît charger sa conscience à son insu.
5°) J'ajouterais volontiers que M. VAN RENINGHE étant Belge et son fils aussi, ne tiendra pas du tout à attirer sur soi et provoquer de légitimes revendications de la part de ses ouvriers.

Veuillez agréer ...


ADDITIF : IDENTITE DE M. VAN RENINGHE :

Réf. registres aux Etrangers inscrits en résidence à Marquette . Registre 1 - 1893-

VAN RENINGHE Achille, fils de Charles et de Nathalie VERCAMER , né à Poperinghe (B) en mars 1840, industriel
Marié à Léona DE SLEE (39 ans en 1893)

Enfants :
-William (parti à Bruxelles rue de l'Association 41, le 23 mars 1898) né à Bruxelles le 6 janvier 1873
-Madeleine née à Bruxelles le 29 juin 1874

Résidant à Marquette , rue de Lille , n°24 , en 1893
Partis à Lille le 29 février 1897 , 3bis, rue de Bourgogne

Comme indiqué précédemment dans les lettres référenciées:
Le Père de M. VAN RENINGHE est , en 1895, bourgmestre de Poperinghe et est à la tête du Parti Catholique
M. VAN RENINGHE fils à un frère prieur dans un couvent dominicain en Belgique et un beau-frère chanoine à la cathédrale de Bruges.
Comme confirmé ci-dessus ,M. VAN RENINGHE à eu deux enfants.

En 1893 résidaient au 24 rue de Lille à Marquette :
Outre la famille VAN RENINGHE,
Marie VANDERMEYDEN, fille de Antoine et de Colette TALBOOM, née à Sint-Niklaas (B) vers 1825, rentière , veuve de Narcis DE SLEE , belle-mère de M. VAN RENINGHE. Partie à Lille com
me ci-dessus
Marguerite LATZEL, fille de Jean et de Anne KURTEN,née à Cologne (D) le 25 janvier 1862, de nationalité allemande,ré
sidant auparavant à Cologne, domestique de M. VAN RENINGHE
Angéline Marie LECLERCQ, fille de Louis Ferdinand et de Marie thérèse HENDRICKX, née à Courtrai (B) le 14 octobre 1873,de nationalité belge, résidant auparavant à Courtrai, domestique de M. VAN RENINGHE,partie à Tourcoing rue des Carliers en octobre 1896.

Que faut-il retenir de ce -long et fastidieux- chapitre ?
Si vous avez ressenti autant d'impatience à finir de le lire que moi de l'écrire , c'est que , malgré tout , celui-ci devait vous intéresser...

Que de principes que l'on considèrerait aujourd'hui surra
nés ! La Religion avait un pouvoir qu'elle n' a plus : faut-il s'en plaindre? Si le monde avait un peu plus envie de conformer ses principes à ceux qu'enseignait l'Eglise (catholique ou autre),la moralité et le respect s'en trou veraient être , de nouveau , des qualités dans lesquelles chacun se retrouverait. Il n'empêche que certains curés de paroisse connaissaient(apparemment) parfaitement les Lois régissant le travail, étaient "proches" du monde du travail et n'hésitaient pas , au respect absolu des "Lois " de l'Eglise, de revendiquer ce que nos syndicats d'aujourd'hui devraient faire plus souvent... Il y avait évidemment "excès" de zèle d'un côté comme de l'autre mais les intérêts antagonistes n'étaient ,de ce fait , pas les mêmes !
En 2006 , la classe patronale a tendance à rogner , peu à peu ,ce que les "anciens " ont acquis de haute lutte,mais ne sommes-nous pas tous un peu coupables de cette situation ?

Dernière modification le : 16/11/2006 @ 10:29
Catégorie : Aucune

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